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Entretien avec Claire PICQUE-KIRALY, maîtresse de conférences en sciences de gestion

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Entretien avec Claire PICQUE-KIRALY, maîtresse de conférences en sciences de gestion
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Claire PICQUE-KIRALY, maîtresse de conférences en sciences de gestion à l'Université Paris-Panthéon-Assas, présente ses travaux de recherche

Claire PICQUE-KIRALY, maîtresse de conférences en sciences de gestion au LARGEPA a co-organisé avec la National University of Singapore un atelier de recherche intitulé " Who are the experts ? Crossing international perspectives from the social sciences ” qui s'est tenu à Singapour le 31 août dernier. Suite à cet atelier de recherche, elle a fondé un réseau scientifique international et interdisciplinaire sur les experts et expertises (RINEE).

En quoi consiste la recherche en Sciences de Gestion ? 
Les sciences de gestion sont une discipline jeune au sein des sciences de gestion et sa définition est encore sujette à débats. Selon moi, la recherche en sciences de gestion vise à comprendre, expliquer, prévoir ou même prédire les phénomènes qui se produisent au sein des organisations et entre les organisations et leur environnement. La recherche en sciences de gestion est donc très variée et riche, ce qui la rend passionnante ! Cette variété se perçoit à travers les différentes disciplines qui composent les sciences de gestion : comptabilité-contrôle, finance, logistique, marketing, ressources humaines, stratégie, systèmes d’informations… Les méthodologies de recherche sont elles aussi multiples. Elle a une finalité pratique, utile et est orientée vers l’action.

Quels sont les apports et intérêts du LARGEPA aux recherches que vous menez ?
Le LARGEPA est un laboratoire pluridisciplinaire, il permet donc de croiser les regards sur nos divers objets de recherche et ainsi enrichir et stimuler nos recherches. Il est structuré en deux axes : l’axe 1 est « Action managériale publique et privée » piloté par le professeur Véronique CHANUT et le professeur Etienne MACLOUF et l’axe 2 « Innovation Marchés et Organisations » piloté par le professeur Nathalie GUIBERT. Par exemple, les membres du LARGEPA ayant participé à l’atelier de recherche « Who are the experts ? » à Singapour, dont l’objectif était justement l’ouverture interdisciplinaire, appartiennent à ces deux axes. Chaque axe a également ses thématiques de recherche, nous bénéficions ainsi de l’expertise des uns et des autres, en l’occurrence sur les questions de gestion de ressources humaines pour mon cas. 

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ? 
Je poursuis deux axes de recherche pour lesquels j’ai différents projets : la question des experts et de l’expertise ainsi que la reconnaissance au travail. 
Concernant les experts et expertises, je cherche vraiment à créer des liens et collaborations avec des chercheurs sur ce sujet de différentes disciplines, à développer cette communauté mais également à discuter avec les praticiens. L’objectif est de mieux comprendre qui sont ceux que nous appelons les « experts », quel est leur rôle vis-à-vis des différentes parties prenantes à savoir les entreprises et les décideurs publics, comment leur expertise est mobilisée et comment ils s’inscrivent dans les enjeux actuels et futurs. Dans ce cadre, je suis invitée le 14 décembre prochain par le Fisher Center for Business Analytics de la Berkeley Haas School of Business pour intervenir lors de la conférence « Analytics, AI, and Society : Towards a Wiser World ? ». J’y discuterai de la notion d’expert dans un monde d’IA [intelligence artificielle]. Au premier trimestre 2024, se tiendra la conférence de lancement du réseau RINEE, avec le soutien financier de la fondation Panthéon-Assas, qui rassemblera chercheurs et praticiens sur l’expert de demain. Enfin, au troisième trimestre 2024 se tiendra le deuxième workshop co-organisé avec Olivia JENSEN, Deputy Director et Lead Scientist au LRF Institute for the Public Understanding of Risk de la National University of Singapore et le LARGEPA
Le second axe de recherche porte sur la reconnaissance au travail.  Je cherche à comprendre ce qu’est ce sentiment de reconnaissance, comment il se construit et se détruit, et pourquoi, par exemple, certains actes de reconnaissance a priori positifs sont vécus négativement. Par exemple, pourquoi une boîte de chocolat offerte par la direction est-elle attendue et appréciée par certains alors qu’elle est vécue comme une non reconnaissance, voire une insulte, pour d’autres ? Différentes enquêtes et divers sondages mettent en avant un manque de reconnaissance des salariés et agents, ce qui pose problème puisque la reconnaissance au travail intervient dans les questions de santé au travail, d’identité mais également de motivation. Je viens de présenter un article sur la reconnaissance des infirmiers et infirmières, co-écrit avec le Pr S.PERROT de l’Université Paris-Dauphine PSL, à la conférence annuelle de l’Association francophone de Gestion des Ressources Humaines (AGRH). J’espère poursuivre ces travaux dans le cadre d’un ANR JCJC déposé en octobre dernier. Cette recherche a pour ambition de mieux comprendre la construction du sentiment de reconnaissance dans une perspective interdisciplinaire – management, GRH, marketing – et internationale. L’équipe de recherche est constituée de chercheurs du LARGEPA, d’Espagne, des États-Unis et de Singapour. 

En envisagez-vous d’autres dans l’avenir ?
Oui bien sûr ! Le réseau sur les experts et expertises pourrait être développé dans le cadre d’un programme MRSEI. Quant à la reconnaissance au travail, il serait intéressant de continuer à explorer ce sujet dans le cadre des relations d’emploi, ce qui impliquerait des discussions avec des chercheurs en sociologie, économie, sciences politiques… Un financement ERC pourrait permettre à un tel projet de voir le jour. 

Comment présenter de tels projets au grand public, largement néophyte sur ces questions ? 
Parmi les principes fondateurs de la culture du LARGEPA figure l’attachement à une connaissance praticable, ce qui signifie que nos recherches doivent servir la pratique. Un dialogue avec les praticiens – dirigeants, DRH, managers, salariés, agents, décideurs publics etc – est indispensable et fait partie de notre ADN. Communiquer au grand public nos recherches est essentiel et requière de véritables compétences de communication, médiation, vulgarisation. Pour ma part, je travaille sur un sujet, la reconnaissance au travail, qui parle à tout le monde : chaque travailleur que je peux rencontrer a immédiatement une anecdote à me raconter ou un conseil à demander. Pour autant le sujet reste complexe et c’est ce qui me motive à poursuivre les recherches dans cette voie : mieux comprendre le phénomène pour mieux l’expliquer, l’éclairer, et que chaque partie prenante puisse s’en emparer pour que chacun vive mieux le travail.
Beaucoup de voies sont possibles, des plus larges aux plus engageantes avec le public : des communications dans des journaux grands publics ou des médias d’analyse type The Conversation ou Xerfi Canal, des séminaires intégrant des praticiens ou encore des conférences à plusieurs voix comme les « 2h pour convaincre » organisés par le Ciffop. Nous pouvons aussi intervenir dans les organisations pour discuter de nos recherches dans le cadre de conférences ou d’ateliers. Enfin, il est possible de construire avec les organisations des projets de recherche. Mais notre premier public est bien entendu nos étudiants puisque la formation est adossée à la recherche.